Le spectacle du "Bal des Oiseaux Fantômes", Héloïse nous raconte l'histoire d'Aliénor.
Aliénor se réveille dans les ruines du vieux château et ses souvenirs font surgir les faucons.
Deux
noms
me
reviennent
à
l'esprit,
celui
d'Aliénor
d'Aquitaine
(1122-1204)
et
celui
d'Héloïse
d'Argenteuil (1092-1164). Mais, partons à la découverte d'Aliénor.
Née
en
1122
à
Belin,
près
de
Bordeaux,
Aliénor
est
élevée
au
château
de
l'Ombrière,
fascinée
par la personnalité étonnante de son grand-père Guillaume IX (1071-1126), le "Troubadour".
Pendant plus de 40 ans, ce grand seigneur a défrayé la chronique.
Grand
amateur
d'aventures,
il
a
participé
à
la
Première
Croisade,
a
été
excommunié
pour
avoir
enlevé une dame mariée, la belle Maubergeonne (1080-1153).
Il
a
aussi
créé
un
mouvement
artistique
et
littéraire,
écrit
des
poèmes,
plutôt
hardis
glorifiant
l'amour physique et la bonne chère.
Aliénor passe ainsi ses premières années dans une ambiance bien désinvolte.
Elle reçoit néanmoins une éducation soignée : latin, langue du Nord, musique, poésie...
Son
père
Guillaume
X
d'Acquitaine
(1099-1137)
meurt
en
1137
et
à
15
ans,
elle
règne
de
Nantes
aux
Pyrénées
et
de
Bordeaux
jusqu'au
Rhône,
ses
parents
n'ayant
pas
eu
d'héritier
mâle.
Son premier mariage.
Son
suzerain,
le
roi
de
France
Louis
VI
le
Gros
(1081-1137),
décide
qu'il
faut
"protéger"
la
jeune héritière.
Il réussit un joli coup politique en lui faisant épouser son fils, âgé de 17 ans.
Le mariage a lieu le 25 Juillet 1137 à Bordeaux.
Ce
même
jour,
Louis
VI
meurt
et
Aliénor
devient
reine
de
France
aux
côtés
de
son
triste
époux,
Louis VII (1120-1180).
Certes,
le
roi
est
fort
épris
des
yeux
verts
ensorceleurs
de
"son
Aquitaine",
mais
il
a
été
élevé
dans une dévotion scrupuleuse.
Aliénor dira même de lui "qu'il était presque moine".
Il la gronde de ne pas respecter les jeûnes, de bailler aux offices.
Et
puis,
elle
est
déçue
de
se
trouver
à
Paris,
dans
une
cité
austère
et
rustre,
au
milieu
de
gens
qui ne parlent pas sa langue.
Bien
vite,
elle
fait
venir
des
chevaliers
et
des
dames
d'Aquitaine
qui
aiment
à
rire
et
elle
bouleverse la Cour de France.
A
sa
demande,
les
hommes
se
rasent
la
barbe,
les
dames
portent
des
robes
décolletées
de
couleurs vives.
On
se
lave,
on
prend
des
bains
de
vapeur,
on
se
poudre,
on
se
parfume
et
un
nouveau
mode
de vie s'installe...
Un divorce à l'horizon.
Les années passent et l'incompréhension s'installe dans ce couple qui n'a aucun héritier mâle.
En
1147,
Aliénor
va
entreprendre
avec
son
époux,
une
aventure
plus
conforme
à
son
tempérament.
"La Croisade".
Un grand voyage à travers l'Europe pour arriver à Constantinople, puis à Antioche.
Antioche, un paradis où l'attend son oncle paternel Raimond de Poitiers (1115-1149).
Il a 33 ans, une allure folle, il parle la langue d'Oc et il est si brillant !
Il lui réserve une chambre digne des "Mille et une Nuits" dans son palais de rêve.
Il
y
a
des
terrasses,
des
loggias,
des
piscines
d'eau
tiède,
des
jardins
à
fontaines
et
massifs
de
roses.
Aliénor
assiste
à
des
festins
où
elle
goûte
des
mets
délicats
:
des
feuilles
de
vigne
farcies,
des
poulpes, des vins de Perse et des fruits inconnus, les abricots, les oranges, les figues.
Elle
découvre
les
tissus
de
Mossoul,
les
laines
de
Cathay,
les
tapis
de
Bagdad,
les
parfums
d'Arabie.
Aliénor a-t-elle succombé aux charmes de Raimond ? Peut-être ?
Toujours
est-il
que
Louis
VII
pense
à
se
séparer
de
cette
femme
qui
lui
donne
tant
de
soucis
et
pas de fils !
En
mars
1152,
le
mariage
est
dissous
(on
a
trouvé,
bien
à
propos,
un
lien
de
parenté
entre
les
époux !)
Grosse
erreur
stratégique
de
Louis
VII
qui
laisse
échapper
un
territoire
plus
vaste
que
le
domaine royal avec le risque de voir Aliénor contracter une nouvelle alliance.
Un second mariage.
En
effet,
Aliénor
a
rencontré
un
homme
très
séduisant,
un
athlète
à
la
tête
énergique,
aux
cheveux roux et drus...Henri Plantagenêt (1133-1189), Comte d'Anjou et du Maine.
Il a le goût des arts et de la poésie, il aime les troubadours.
On dit aussi qu'il est l'héritier de la Couronne d'Angleterre.
Cependant,
elle
a
30
ans
et
lui
19
et
pourtant,
elle
l'épouse
en
mai
1152
et
l'année
suivante,
met au monde un fils.
En 1154, le trône d'Angleterre est vacant.
Henri se précipite et rassemble une expédition et met le cap sur Southampton.
La marche sur Londres est un triomphe.
A
Noël,
Aliénor
et
Henri
ont
revêtu
les
manteaux
royaux
bleus
doublés
de
gris,
ornés
de
quatre
feuilles d'or.
Ils sont couronnés roi et reine d'Angleterre et ils possèdent aussi la moitié de la France !
Reine D'Angleterre.
L'Angleterre est complètement désorganisée.
La tâche est rude, mais Aliénor et Henri ne se découragent pas.
Ils visitent et contrôlent les villes, les châteaux, les évêchés.
Lorsque
le
roi
doit
aller
remettre
de
l'ordre
dans
ses
terres
continentales,
la
reine
gère
complètement le pays.
Elle développe les échanges commerciaux, surveille les vassaux turbulents.
Elle
embellit
aussi
les
demeures
royales
tel
que
:
Bayeux,
Winchester,
Bordeaux,
Oxford,
Falaise, Londres.
La
Cour
est
brillante
et
accueille
des
historiens,
des
savants,
des
poètes.
La
vie
est
animée,
gaie, colorée.
Aliénor
s'occupe
aussi
de
ses
nombreux
enfants
(elle
en
aura
neuf
!)
qu'elle
emmène
dans
la
plupart
de
ses
déplacements,
les
initiant
ainsi
à
leur
rôle
de
souverain.
Mais, peu à peu, la reine constate qu'Henri s'éloigne d'elle et que même, il la trompe délibérément.
Alors,
elle
quitte
l'Angleterre
et
s'installe
à
Poitiers
pour
s'occuper
de
ses
domaines
avec,
à
ses
côtés,
son
fils
préféré
Richard
(1157-1199),
son
"Cœur
de
Lion".
A
Poitiers,
Aliénor
peut
enfin
réaliser
son
rêve.
Organiser
une
Cour
d'
Amour
où
siègent
de
belles
dames,
des
troubadours
(dont
le
si
tendre
Bernard
de
Ventadour (1125-1200)), des chevaliers connus pour leur galanterie avec les femmes.
On écoute des chants, on étudie des problèmes amoureux et on rend des sentences sur des questions souvent ambiguës.
En voici une qui dut particulièrement intéresser la reine: "Le véritable amour peut-il exister entre époux ?".
La réponse fut nette : "Non, car les époux sont tenus par devoir de subir réciproquement leurs volontés et de ne rien se refuser.
Seuls les amants s'accordent tout gratuitement et sans contrainte.".
Sans doute, Henri Il fut-il ravi quand il eut connaissance de ce jugement !
Mais Aliénor ne se contente pas de "fleureter", elle continue son action politique surtout contre son mari.
Elle pousse ses fils à la révolte et en 117 3, Henri le Jeune (1155-1183), réclame ouvertement le trône d'Angleterre.
Henri riposte et la reine est arrêtée.
Enfermée à Chinon, puis dans une forteresse anglaise, à Salisbury.
Ce sont 16 années d'enfermement, de solitude, sans revoir ses enfants et sans pouvoir.
Elle ne sera libérée qu'en juillet 1189 à la mort de son époux et à l'avènement de Richard.
Elle a 67 ans, mais elle est restée belle, imposante et très entreprenante.
Dès sa libération, Aliénor se met en route pour visiter villes et châteaux.
Elle assiste au couronnement de son fils bien-aimé, à Westminster.
Comme le nouveau roi n'a qu'une hâte : gagner la Terre Sainte, elle reste seule à la tête d'un royaume qui s'étend de l'Angleterre aux Pyrénées.
Avant que Richard ne s'embarque pour la Troisième Croisade, la reine entreprend un voyage incroyable.
Elle va chercher en Navarre, Bérengère de Navarre (1165-1230), la jeune fiancée du souverain.
Elle traverse avec elle toute l'Italie et rejoint les Croisés à Messine où le mariage est célébré.
Bien
vite,
Aliénor
retourne
en
Angleterre
pour
couper
court
aux
ambitions
de
son
dernier
fils,
Jean
sans
Terre
(1166-1216),
très
désireux
de
s'emparer
du
trône.
Ensuite, elle doit faire face à un nouveau malheur : Richard est prisonnier de !'Empereur d'Allemagne.
C'est elle qui récoltera la fabuleuse rançon : 100 000 marcs d'argent (plusieurs million de nos Euros) et la mènera à Mayence durant l'hiver 1193- 1194.
Et puis, en avril 1199, c'est le drame, Richard meurt au siège de Chalus, en Limousin.
Aliénor, surmontant sa douleur, soutient l'insupportable Jean.
Il est le légitime héritier et elle doit faire taire ses rancœurs.
Heureusement pour elle, en 1200, son dernier voyage sera placé sous le signe du bonheur.
Elle va chercher, en Castille, sa petite fille Blanche de Castille (1188-1252), promise au futur roi de France, Louis VIII.
Mais, fatiguée, elle la quittera à Bordeaux et la laissera seule partir vers Paris.
Elle se retire à Fontevrault pour y trouver un peu de repos et de sérénité et le 31 mars 1204, elle rend son âme à Dieu.
C'est dans cette abbaye qu'elle repose à tout jamais, auprès d'Henri et de Richard, les deux hommes de sa vie.