La Capture, le Procès et l'Exécution d’ Athanase Charette de La Contrie
Au
crépuscule
de
la
guerre
de
Vendée,
alors
que
tout
semble
perdu,
un
homme
incarne
encore, seul contre tous, la flamme mourante d'une résistance acharnée.
Chef
indomptable,
officier
de
marine
devenu
généralissime
d'une
armée
paysanne,
François
Athanase
Charette
de
La
Contrie
affronte
en
1796
le
destin
inexorable
que
la
République
lui
réserve.
Ce
document
retrace
les
derniers
actes
d'une
épopée
tragique,
la
traque
dans
les
bois
de
La
Chabotterie, un procès expéditif à Nantes, et une exécution que l'Histoire n'a jamais oubliée.
Un Chef Vendéen Traqué jusqu'à l'Épuisement
Au début de l'année 1796, la guerre de Vendée touche à sa fin.
Les
grandes
armées
catholiques
et
royales
ont
été
brisées,
les
campagnes
ravagées
par
des
années
de
combats
fratricides,
et
les
derniers
chefs
insurgés
sont
traqués
sans
relâche
par
les colonnes républicaines.
Parmi
eux,
François
Athanase
Charette
de
La
Contrie,
ancien
officier
de
marine
devenu
généralissime
de
l'armée
catholique
et
royale
du
Bas-Poitou,
demeure
l'un
des
symboles
les
plus tenaces de la résistance vendéenne.
Depuis
des
mois,
Charette
mène
une
guerre
de
mouvement
désespérée,
harcelé
par
les
troupes républicaines du général Hoche.
Ses
forces
sont
décimées,
ses
officiers
dispersés
ou
tombés
au
combat,
et
lui-même
porte
sur son corps les stigmates de nombreuses blessures reçues au fil des batailles.
La
forêt
vendéenne,
jadis
complice
de
ses
audacieuses
opérations
de
guérilla,
est
désormais
son
seul
refuge,
un
refuge
qui
se
rétrécit
jour
après
jour
sous
la
pression
impitoyable
de
l'ennemi.
Malgré
l'épuisement
physique
et
moral,
malgré
l'abandon
progressif
de
ses
derniers
compagnons, Charette refuse obstinément de se rendre.
Fidèle
à
son
serment
de
défendre
la
cause
du
roi
et
de
ses
paysans,
il
continue
d'avancer
dans
les
taillis
boueux,
au
bord
du
gouffre,
portant
en
lui
une
conviction
que
ni
la
faim
ni
les
blessures ne parviennent à éteindre.
Cette
obstination,
tour
à
tour
admirée
et
redoutée,
fait
de
lui
une
figure
hors
du
commun
dans
le panthéon des guerres civiles de la Révolution.
Un
passé
d'officier
de
marine
:
Charette
avait
servi
dans
la
royale
Marine
avant
de
rallier
la
cause vendéenne en 1793, apportant avec lui discipline militaire et sens stratégique.
Généralissime
du
Bas-Poitou
:
Commandant
en
chef
des
forces
catholiques
et
royales,
il
avait
tenu
en
échec
les
armées
républicaines
pendant
plus
de
trois
ans
sur
un
terrain
qu'il
connaissait intimement.
La
paix
manquée
de
La
Jaunaye
:
En
1795,
il
avait
signé
un
accord
de
pacification
avant
de
reprendre
les
armes,
convaincu
que
la
République
ne
respecterait
pas
ses
engagements
envers la liberté religieuse et l'ordre royal.
La Capture : Dans les Bois de La Chabotterie
Le
jour
de
la
chute
:
Le
23
mars
1796,
épuisé,
affamé,
presque
incapable
de
marcher,
Charette est surpris dans les bois de La Chabotterie, en Vendée.
Les
soldats
républicains
du
général
Travot,
qui
le
poursuivent
sans
relâche
depuis
des
semaines,
parviennent
enfin
à
l'encercler
dans
un
sous-bois
obscur
où
il
s'était
réfugié
avec
ses derniers compagnons.
Charette
tente
une
dernière
fois
de
s'échapper,
mobilisant
ce
qui
lui
reste
de
forces
pour
forcer l'encerclement.
Mais son corps, meurtri par les combats et la fatigue accumulée, ne répond plus.
Il
est
rapidement
maîtrisé
par
les
soldats
républicains
qui
l'appréhendent
avec
une
brutalité
mêlée
d'une
certaine
stupéfaction
:
l'homme
qu'ils
ont
tant
cherché
est
là,
devant
eux,
blessé
mais toujours debout.
La scène restée dans les mémoires
•
Charette blessé à la main et à la tête, le sang tachant son uniforme
•
Soutenu par deux soldats républicains, il peine à tenir sur ses jambes
•
Encore vêtu de son uniforme d'officier royaliste, il conserve une apparence de dignité
•
Son attitude calme et altière, malgré l'effondrement total de ses forces
•
Autour de lui, le silence des bois vendéens, témoins muets d'une époque révolue
Sa capture marque symboliquement la fin de la grande insurrection vendéenne.
Avec
lui
tombe
le
dernier
grand
chef
de
la
résistance,
celui
que
la
République
avait
désigné
comme l'ennemi le plus redoutable et le plus insaisissable du bocage.
Les
bois
de
La
Chabotterie
entrent
ce
jour-là
dans
la
légende
d'une
guerre
qui
avait
ensanglanté l'Ouest de la France pendant plus de trois ans.
Le Transfert à Nantes et l'Emprisonnement
Après
sa
capture
dans
les
bois
de
La
Chabotterie,
Charette
est
rapidement
transféré
à
Nantes, sous bonne escorte républicaine.
Son arrivée dans la ville constitue en elle-même un événement politique considérable.
La
cité
qui
avait
connu
les
terribles
noyades
ordonnées
par
Carrier
en
1793
se
retrouve
face
à l'homme qui avait incarné pendant trois ans la résistance des campagnes vendéennes.
Enfermé
dans
la
prison
du
Bouffay,
Charette
est
traité
avec
une
rigueur
qui
reflète
l'enjeu
politique de sa détention.
Le
Directoire,
au
pouvoir
depuis
quelques
mois,
est
bien
conscient
que
le
sort
réservé
au
chef
vendéen
sera
scruté
par
toute
la
France
royaliste,
mais
aussi
par
les
puissances
étrangères qui avaient soutenu la cause des insurgés.
Il
faut
agir
vite,
démontrer
la
fermeté
de
la
République,
et
refermer
définitivement
la
parenthèse sanglante de la guerre civile de l'Ouest.
Dans
sa
cellule,
Charette
conserve,
selon
les
témoignages
de
l'époque,
une
sérénité
remarquable.
Ni
les
privations
ni
l'imminence
du
jugement
ne
semblent
entamer
cette
maîtrise
de
soi
qui
avait toujours caractérisé son commandement sur le champ de bataille.
Il sait ce qui l'attend.
Et
il
l'accepte,
non
pas
avec
résignation,
mais
avec
la
hauteur
d'un
homme
convaincu
d'avoir
servi une cause juste jusqu'au bout de ses forces.
Le Procès : Une Condamnation Écrite d'Avance
Le
29
mars
1796,
à
peine
six
jours
après
sa
capture,
Charette
comparaît
devant
une
commission militaire réunie à Nantes.
La rapidité de la procédure est en elle-même révélatrice.
Le
Directoire
souhaite
faire
du
jugement
de
Charette
un
acte
politique
fort,
une
démonstration
sans
ambiguïté
que
la
République
a
définitivement
écrasé
la
rébellion
vendéenne.
Il
ne
s'agit
pas
tant
de
rendre
justice
que
d'affirmer
la
victoire
de
l'ordre
républicain
sur
l'insurrection royaliste.
Face à ces accusations, Charette adopte une posture qui impressionne même ses juges.
Il ne nie rien, ne cherche aucun subterfuge juridique, ne tente pas de minimiser son rôle.
Au
contraire,
il
assume
l'intégralité
de
ses
actes
avec
une
franchise
qui
confine
à
la
fierté,
revendiquant
son
engagement
au
nom
de
la
fidélité
au
roi
légitime
et
de
la
défense
de
la
liberté religieuse arrachée à ses paysans.
Il
ne
demande
ni
grâce
ni
faveur,
ne
supplie
pas,
ne
se
déshonore
pas
par
des
reniements
opportunistes.
Le procès, expéditif dans sa forme comme dans son fond, se conclut dans la journée.
La
sentence
tombe
sans
surprise,
inéluctable
comme
avait
été
inéluctable
toute
la
trajectoire
de cet homme depuis qu'il avait choisi de prendre les armes en 1793 :
la peine de mort
.
Une
condamnation
que
Charette
accueille,
selon
les
témoins
présents,
avec
le
même
calme
stoïque qui l'avait accompagné tout au long de sa captivité.
La Défense d'un Homme d'Honneur
"
Je
n'ai
jamais
trahi
ma
conscience
ni
mon
roi.
Si
c'est
un
crime
aux
yeux
de
la
République,
alors je suis coupable, et je le revendique
".
La
posture
adoptée
par
Charette
devant
la
commission
militaire
transcende
le
simple
cadre
juridique du procès pour s'inscrire dans une logique d'honneur aristocratique et militaire.
Pour lui, avouer ses actes n'est pas une faiblesse.
C'est
au
contraire
affirmer
la
cohérence
d'une
vie
entière
vouée
à
des
principes
qu'il
n'a
jamais trahis.
Cette
attitude
confère
au
procès
une
dimension
tragique
que
ses
contemporains
n'ont
pas
manqué de noter.
Ce que Charette défend
•
La légitimité de la monarchie face à une révolution jugée illégitime
•
La liberté religieuse des paysans vendéens, privés de leurs prêtres réfractaires
•
L'honneur militaire d'un officier fidèle à ses serments
•
La cause des populations civiles massacrées par les colonnes infernales
Ce que la République veut démontrer
•
L'inéluctabilité de la victoire républicaine sur toute forme de rébellion
•
La souveraineté de la loi sur les soulèvements armés
•
La clôture définitive du chapitre vendéen de la Révolution
•
La force dissuasive d'un châtiment exemplaire et public
Entre ces deux logiques irréconciliables, le verdict n'a jamais fait de doute.
Charette
le
sait,
ses
juges
le
savent,
et
la
France
entière
qui
attend
le
dénouement
le
sait
aussi.
Ce qui se joue place Viarme ce soir-là, c'est bien plus qu'une simple exécution.
C'est l'acte final d'un drame qui a déchiré la nation depuis 1793.
29 mars 1796 (17h00) : L'Exécution : Place Viarme à Nantes
Le
même
jour
que
le
procès,
en
fin
d'après-midi,
Charette
est
conduit
sur
la
place
Viarme
à
Nantes, où un peloton d'exécution l'attend.
L'exécution
dans
les
heures
qui
suivent
le
verdict
illustre
la
volonté
du
Directoire
de
ne
laisser
aucune
place
à
l'attente,
à
la
délibération
ou,
pis
encore,
à
quelque
tentative
de
sauvetage
organisée par les derniers partisans royalistes dispersés dans la région.
Charette
avance
sur
la
place
avec
peine,
soutenu
par
deux
gendarmes,
ses
blessures
rendant chaque pas douloureux.
Mais il refuse catégoriquement qu'on lui bande les yeux.
Ce
dernier
geste
d'autorité
sur
son
propre
corps,
ce
refus
de
l'aveuglement
symbolique
imposé aux condamnés, résume toute sa personnalité.
Jusqu'au bout, il choisit de regarder en face ce que le destin lui réserve.
Les Dernières Paroles d'un Chef
"
Quand je fermerai les yeux, tirez droit au cœur
".
Ces
mots,
rapportés
par
les
témoins
présents
sur
la
place
Viarme
ce
29
mars
1796,
constituent
l'une
des
formules
les
plus
saisissantes
léguées
par
la
guerre
de
Vendée
à
la
postérité.
Cette
maîtrise,
révèle
tout
ce
que
Charette
a
été
:
un
chef
qui
commande
jusqu'au
dernier
souffle,
un
homme
qui
dicte
les
termes
de
sa
propre
mort
avec
la
même
autorité
qu'il
avait
commandé ses troupes paysannes dans le bocage vendéen.
Le
refus
du
bandeau
:
En
déclinant
qu'on
lui
bande
les
yeux,
Charette
affirme
une
ultime
fois
sa supériorité morale sur ceux qui le mettent à mort.
Ce
geste,
chargé
de
symbolisme,
deviendra
l'un
des
éléments
les
plus
célébrés
de
sa
légende.
Face
au
peloton
:
S'adressant
calmement
aux
soldats
républicains
chargés
de
l'exécuter,
Charette leur indique lui-même comment le viser.
Cette
sérénité
face
à
la
mort
frappe
profondément
les
témoins,
qu'ils
soient
républicains
ou
royalistes.
À 17 heures environ, les coups de feu retentissent sur la place Viarme.
Charette s'effondre, et avec lui disparaît l'un des derniers grands chefs de la Vendée militaire.
La
foule
qui
assiste
à
la
scène,
mélange
de
curieux,
de
républicains
satisfaits
et
de
royalistes
accablés, retient son souffle.
Un silence s'abat sur la place.
L'histoire vient de tourner une page que l'on ne pourra jamais refermer tout à fait.
En
l'espace
de
six
jours
à
peine,
du
23
au
29
mars
1796,
le
destin
de
François
Athanase
Charette
de
La
Contrie
s'est
joué
à
une
vitesse
qui
témoigne
de
la
détermination
républicaine
à clore définitivement le dossier vendéen.
De
la
capture
dans
les
bois
de
La
Chabotterie
à
l'exécution
place
Viarme,
chaque
étape
a
été
orchestrée avec une précision qui ne laissait aucune place au doute ni à la mansuétude.
La Fin Symbolique de la Grande Insurrection Vendéenne
L'exécution de Charette le 29 mars 1796 ne met pas seulement fin à la vie d'un homme.
Elle
signe
symboliquement
la
clôture
de
la
première
guerre
de
Vendée,
ce
conflit
dévastateur
qui avait ensanglanté l'Ouest de la France depuis le printemps 1793.
Avec
lui
s'éteint
la
dernière
flamme
de
la
grande
résistance
armée
des
campagnes
catholiques et royales contre la République révolutionnaire.
Les
autres
chefs
vendéens,
La
Rochejaquelein,
d'Elbée,
Bonchamps,
étaient
morts
avant
lui,
sur les champs de bataille ou fusillés après capture.
Charette
avait
survécu
à
tous,
prolongeant
contre
toute
attente
une
résistance
que
les
républicains croyaient définitivement brisée à plusieurs reprises.
Sa
mort
referme
une
parenthèse
de
trois
ans
de
guerre
civile,
de
massacres,
de
représailles,
de colonnes infernales et de contre-insurrections impitoyables.
Mars 1793
: Début du soulèvement vendéen.
Charette prend les armes et rassemble les paysans du Marais breton.
Décembre 1793
: Défaite de Savenay.
L'armée d'Anjou est détruite.
La guerre de grand chemin se transforme en guérilla.
Février 1795
: Paix de La Jaunaye.
Charette signe un armistice avec la République avant de reprendre les armes.
23 mars 1796
: Capture à La Chabotterie.
Charette est arrêté dans les bois, blessé et épuisé.
29 mars 1796
: Procès et exécution à Nantes.
La guerre de Vendée prend fin symboliquement avec sa mort.
Mémoire et Postérité : Un Héros aux Visages Multiples
La
mort
de
Charette
n'a
pas
mis
fin
aux
débats
que
son
existence
avait
suscités,
elle
les
a
au
contraire cristallisés pour les siècles à venir.
Car
Charette
est
de
ces
personnages
historiques
dont
l'image
varie
radicalement
selon
le
camp qui l'examine, l'époque qui le contemple, et la mémoire collective qui s'en empare.
Il
est
à
la
fois
symbole
de
résistance
et
figure
de
la
guerre
civile,
héros
de
la
fidélité
et
acteur
d'un conflit qui fit des centaines de milliers de morts.
Pour les royalistes et les Vendéens
Charette est un martyr et un héros.
Sa
fidélité
au
roi,
son
refus
de
capituler,
ses
dernières
paroles
sur
la
place
Viarme
en
font
une figure de la résistance intransigeante à l'oppression révolutionnaire.
Il
incarne
la
défense
des
valeurs
traditionnelles,
de
la
foi
catholique
et
de
l'ordre
monarchique
face à une révolution jugée sacrilège et tyrannique.
Dans
les
familles
vendéennes,
son
souvenir
se
transmet
de
génération
en
génération
comme
celui
d'un
père
de
la
patrie
locale,
d'un
défenseur
du
petit
peuple
des
campagnes
contre les armées de la grande ville.
Pour les républicains et les historiens révolutionnaires
Charette
représente
l'ennemi
de
la
nation,
le
chef
d'une
contre-révolution
qui
plongeait
la
France dans la guerre civile au moment même où elle faisait face à la menace étrangère.
Sa mort est la victoire de la loi sur l'anarchie armée, de la République sur la féodalité.
Les
historiens
républicains
du
XIXe
siècle
ont
longtemps
vu
en
lui
l'instrument
des
intérêts
aristocratiques
et
cléricaux,
manipulant
une
paysannerie
ignorante
pour
maintenir
un
ordre
ancien condamné par l'histoire.
L'Héritage Historiographique : Entre Légende et Vérité
La
figure
de
Charette
a
traversé
les
siècles
en
se
chargeant
successivement
des
projections
de chaque époque.
Au
XIXe
siècle,
les
romantiques
en
ont
fait
un
personnage
de
roman
tragique,
l'officier
élégant,
le
séducteur
des
bocages,
le
chevalier
sans
peur
perdu
dans
une
époque
qui
n'était
plus la sienne.
Walter
Scott
(1771-1832),
puis
les
écrivains
catholiques
français,
ont
contribué
à
construire
cette image d'Épinal du chef vendéen, en en gommant parfois les aspects plus sombres.
La tradition catholique et royaliste
Les
historiens
comme
l'abbé
Deniau
ou
Émile
Gabory
ont
célébré
Charette
comme
un
saint
laïc
de
la
cause
royale,
insistant
sur
sa
foi,
son
courage
et
son
martyre
face
à
une
République impie et tyrannique.
L'historiographie républicaine
D'autres
historiens
ont
cherché
à
replacer
Charette
dans
le
contexte
d'une
contre-révolution
instrumentalisée
par
les
puissances
étrangères
et
les
émigrés,
soulignant
les
violences
commises par les insurgés vendéens autant que par les républicains.
L'histoire contemporaine
Les
historiens
modernes,
à
commencer
par
Jean-Clément
Martin,
ont
proposé
une
lecture
plus
nuancée
de
la
guerre
de
Vendée,
reconnaissant
la
complexité
des
motivations
des
insurgés tout en refusant les simplifications hagiographiques ou diabolisantes.
Aujourd'hui,
le
château
de
La
Chabotterie,
lieu
de
sa
capture,
est
devenu
un
musée
qui
accueille
chaque
année
des
milliers
de
visiteurs
venus
se
confronter
à
cette
page
douloureuse de l'histoire française.
Le
lieu
n'est
plus
seulement
un
site
historique
:
il
est
un
espace
de
mémoire
où
se
négocient
encore,
deux
siècles
plus
tard,
les
héritages
contradictoires
de
la
Révolution
et
de
la
contre-
révolution.
Charette et la Question du Génocide Vendéen
La
mort
de
Charette
s'inscrit
dans
un
contexte
historique
plus
vaste
qui
continue
d'alimenter
des débats historiographiques et politiques intenses.
La
guerre
de
Vendée,
et
notamment
les
opérations
des
colonnes
infernales
du
général
Turreau
en
1794,
a
en
effet
fait
l'objet
de
controverses
durables
sur
la
nature
des
violences
commises par les armées républicaines contre les populations civiles vendéennes.
Certains
historiens,
comme
Reynald
Secher,
ont
employé
le
terme
de
génocide
pour
qualifier
les
massacres
de
populations
civiles
dans
les
campagnes
vendéennes,
estimant
que
la
logique
d'extermination
qui
présidait
aux
opérations
militaires
républicaines
visait
à
anéantir
non seulement la résistance armée mais le peuple lui-même.
Cette
thèse,
contestée
par
d'autres
spécialistes
comme
Jean-Clément
Martin,
a
provoqué
des
débats
qui
dépassent
largement
le
cadre
académique
pour
toucher
aux
fondements
mêmes de la mémoire nationale française.
La
loi
française
du
19
février
1993,
votée
pour
le
bicentenaire
de
la
guerre
de
Vendée,
reconnaît
"
les
massacres
et
les
destructions"
commis
lors
de
cette
guerre
civile,
sans
pour
autant
qualifier
ces
actes
de
génocide,
une
distinction
qui
continue
d'alimenter
le
débat
historique et mémoriel.
Dans
ce
contexte,
Charette
apparaît
comme
bien
plus
qu'un
simple
chef
militaire
:
il
est
le
symbole
d'une
résistance
d'un
peuple
entier
à
ce
qu'il
percevait
comme
une
tentative
d'annihilation de son identité, de sa foi et de son mode de vie.
Sa mort incarne tragiquement le sort de ceux qu'il avait choisi de défendre.
Un Nom Gravé dans la Mémoire de la France
Aujourd'hui
encore,
le
nom
de
François
Athanase
Charette
de
La
Contrie
reste
associé
à
l'une des pages les plus tragiques et les plus complexes de la Révolution française.
Il
figure
parmi
les
cent
huit
généraux
dont
les
noms
sont
gravés
sur
les
piliers
de
l'Arc
de
Triomphe à Paris.
Paradoxe
saisissant
qui
témoigne
de
la
difficulté
qu'a
toujours
eue
la
France
à
intégrer
dans
une mémoire nationale cohérente les acteurs des deux camps de ses guerres civiles.
Le
guerrier
:
Trois
ans
de
résistance
acharnée,
des
dizaines
de
batailles,
une
guérilla
qui
tint
en
échec
les
meilleures
armées
républicaines
dans
un
terrain
qu'il
connaissait
comme
personne.
Le
serviteur
du
roi
:
Une
fidélité
absolue
à
la
cause
monarchique,
maintenue
jusqu'au
dernier
souffle,
sans
jamais
fléchir
devant
les
propositions
de
reddition
ni
les
tentatives
de
négociation républicaines.
Le
défenseur
de
la
foi
:
Un
engagement
profond
pour
la
liberté
religieuse
des
paysans
vendéens,
privés
de
leurs
prêtres
et
de
leur
culte
par
une
révolution
qui
avait
entrepris
de
déchristianiser la France.
La
légende
immortelle
:
Une
mort
digne
et
courageuse
qui
a
transformé
un
chef
de
guerre
en
figure
mythique,
célébrée
ou
controversée,
mais
impossible
à
ignorer
dans
le
grand
récit
de
la Révolution française.
La formule qu'il prononça face au peloton ,
"
Quand
je
fermerai
les
yeux,
tirez
droit
au
cœur
"
,
traverse
les
siècles
comme
une
devise
gravée dans le marbre de l'histoire.
Elle
dit
tout
de
cet
homme
:
sa
maîtrise,
sa
fierté,
son
courage,
et
cette
façon
unique
qu'il
avait de commander même dans la mort.
Charette n'a pas seulement vécu en chef ; il est mort en chef.
Et
c'est
peut-être
cela,
plus
que
ses
victoires
militaires
ou
ses
défaites,
qui
lui
a
assuré
l'immortalité.