Les conditions de vie ont évolué entre le XIe siècle et la fin du Moyen Âge.
Voici
à
peu
près
à
quoi
ressemblait
la
vie
quotidienne
d'un
châtelain
entre
1150
et
1270,
si
tant
est
que la guerre, la croisade ou les tournois ne l'appellent loin de son château.
Le seigneur se lève tôt.
Vers six heures, un valet le réveille en secouant son oreiller.
Il enfile sa chemise, ses braies et ses chausses, et debout.
La
toilette
s'effectue
dans
une
cuve
en
bois
apportée
directement
dans
la
chambre,
ou
encore
dans
l'étuve, à l'étage ou souterrain.
La châtelaine, elle, se baignera après le repas.
Après
quoi
notre
homme
passe
dans
son
oratoire
(lieu
consacré
à
la
prière)
pour
prier,
voire
assister
à la messe, s'il est seigneur assez important pour avoir un chapelain (prêtres).
Après le déjeuner, le maître reçoit ses officiers.
Le
sénéchal,
qui
représente
son
autorité
dans
toute
l'étendue
dans
la
seigneurie,
le
maréchal,
responsable
des
écuries,
le
chambrier
qui
tient
les
comptes
et
s'occupe
des
affaires
domestiques,
d'autres encore comme le bouteiller.
Ces
hommes
de
confiance
dirigent
tout
un
personnel
de
maître-queux,
de
sergents
...,
qui
constituent la mesnie (gens vivant ensemble), la maison du seigneur.
Après
avoir
discuté
avec
eux
du
bon
ordre
de
ses
affaires,
celui-ci
peut
terminer
la
matinée
par
une
visite des écuries ou du chenil, ou encore se rendre au village.
Il est temps maintenant de passer à table pour dîner, c'est-à-dire prendre le repas de la mi-journée.
Celui-ci
a
lieu
dans
la
grande
salle,
dans
le
donjon
ou
dans
le
bâtiment
principal
du
château,
aux
murs
agrémentés
de
scènes
de
chasse
ou
de
guerre
peintes,
ou
encore
ornés
de
tapisseries
ou
de
trophées.
Le sol, lui, est pavé de petits carreaux.
Les valets dressent la table en posant de simples planches sur des tréteaux.
Les
convives
prennent
place
d'un
seul
côté
de
la
table,
sur
des
bancs
mobiles,
tandis
que
le
seigneur préside, assis sur le maître-dois (Chaise).
Comme
on
ne
connaît
pas
encore
la
fourchette
et
qu'on
mange
avec
les
doigts,
chacun
se
lave
les
mains avant de passer à table.
Dès
lors
le
service,
effectué
par
des
valets
ou
par
de
jeunes
damoiseaux
hôtes
du
seigneur,
peut
commencer.
On apporte les "couverts ", les mets recouverts d'une étoffe destinée à les tenir au chaud.
Chacun
a
devant
soi
un
napperon,
une
cuiller
et
un
couteau,
une
écuelle
et
un
hanap
(grand
vase
à
boire en métal, avec un pied et un couvercle).
C'est la nappe qui tient lieu de serviette.
Le repas, certains jours, peut durer plus de deux heures.
Les plats sont nombreux et épicés, évidemment arrosés de bon vin.
Les
châtelains
mangent
le
produit
de
leur
chasse
:
quartier
de
cerf
au
poivre,
épaule
de
sanglier
farcie, cygne rôti, pâtés de chevreuil ou de lapin...
D'ailleurs,
d'interminables
histoires
de
chasse
égrènent
le
repas,
agrémenté
aussi
par
les
exploits
des
jongleurs
ou
les
récits
des
troubadours
de
passage,
si
toutefois
le
brouhaha
de
la
conversation
permet qu'on les écoute.
Les devoirs de la charge reprennent ensuite le dessus.
Certains après-midi, le seigneur rend droit de justice à ses vassaux.
Il tient audience dans la grand-salle ou dehors s'il fait beau temps, et reçoit les plaideurs.
Dans les petits fiefs, il rend lui-même les jugements.
Les grands barons s'en remettent à leur sénéchal.
Les autres jours, par beau temps, il part pour la chasse.
C'est sa principale activité violente depuis que St-Louis est venu à bout des guerres privées.
Outre
le
fait
qu'il
est
son
plus
grand
plaisir,
ce
sport,
cet
art
qu'il
a
appris
dans
son
plus
jeune
âge
lui
permet
de
protéger
les
récoltes
de
ses
vassaux
en
éliminant
les
animaux
nuisibles
qui
ravagent
les
récoltes, cerfs, loups, sangliers.
Il
lui
permet
aussi,
en
parcourant
ses
terres,
d'inspecter
les
cultures
et
de
rencontrer
ses
tenanciers,
voire de régler certaines affaires.
La pêche, la marche, la simple promenade à cheval peuvent encore être d'autres occupations.
L'escrime permet de s'entretenir pour la guerre et de former du même coup les damoiseaux.
Quant
aux
longs
après-midi
d'hiver,
ils
s'écoulent
à
réparer
les
armes
devant
la
cheminée,
ou
à
jouer
aux échecs et aux dés, tandis que les femmes filent la laine ou tissent.
Les plus riches se distraient en visitant leur ménagerie.
La châtelaine vaque à ses propres occupations.
Elle
peut
accompagner
son
mari
à
la
chasse
ou
participer
aux
jeux
de
plein
air,
mais
aussi
elle
coud,
tisse, brode, tout en surveillant les meschines, c'est-à-dire les femmes de chambre et servantes.
Parfois elle descend aux cuisines, mais c'est plutôt l'affaire du sénéchal.
Femme du seigneur, elle se doit de remplir ses obligations envers les vassaux de son mari et visite les pauvres et les malades du village.
Le
soir,
après
un
rapide
et
léger
souper,
on
se
réunit
dans
la
chambre,
plus
agréable
que
la
grande
salle,
avec
ses
murs
peints
dans
des
tons
vifs,
voire,
dans
les
grandes occasions, recouverts de tentures de soies, également moins vaste et mieux meublée, avec son bahut et son armoire en chêne.
On prend place autour de la cheminée.
Celle-ci, souvent placée entre deux baies, est immense.
Peinte comme tout le reste, elle occupe tout un côté de la chambre.
Des troncs entiers y brûlent, à tel point que sa flamme suffit souvent à éclairer la pièce.
Là,
les
chiens
couchés
aux
pieds
de
leurs
maîtres,
les
convives
assis
sur
des
bancs
ou
par
terre
sur
de
grands
tapis,
autour
du
fauteuil
du
chef
de
famille,
on
écoute
de
nouveaux récits ou on chante pour s'égayer avant d'aller dormir.
Enfin, tandis que le guetteur prend son poste au donjon, le maître va se coucher après une journée longue et bien remplie.
Après
une
dernière
toilette
(c'est
à
cette
heure
qu'il
se
lave
les
pieds),
assisté
d'un
valet
ou,
s'il
est
grand
seigneur,
du
chambrier,
le
châtelain
dispose
ses
vêtements
(manteau, surcot, cotte et chausses) sur une perche horizontale près du large lit entouré de rideaux (les courtines), et qui fait face à la cheminée.
La chemise est roulée sous le traversin, et les braies sous la couverture.
Le seigneur n'a plus qu'à se glisser dans les draps de soie pour sombrer dans un lourd sommeil réparateur.
D'après Jacques LEVRON, Le château fort et la vie au Moyen Âge. Edition Fayard.